Depuis un an, Yvon est propriétaire d'un Club Privé pour Couples Libérés.
Le jugement rendu dans l'affaire de L'Orage, le 22 juillet dernier, le place désormais dans une situation délicate en faisant de lui «un tenancier de maison de débauche »...
Yvon, dans le contexte actuel, pour quelles raisons avez-vous décidé d'ouvrir un club échangiste?
Ma femme et moi pratiquons l'échangisme depuis maintenant sept ans. Originaires de France, nous sommes arrivés au Québec il y a deux ans. Nous voulions ouvrir un établissement pour y rencontrer d'autres couples. Nous avons donc consulté un avocat criminaliste pour tenter de trouver une formule qui nous permette d'offrir ce genre d'activités dans le cadre de la législation québécoise. Un an plus tard, notre Club voyait le jour.
Comment s'y déroulent les soirées?
Pour le moment, nous organisons une seule rencontre par mois pour un maximum de 25 couples. Elles débutent généralement avec un verre de bienvenue pour briser la glace. Un buffet est ensuite servi durant lequel les gens peuvent converser et faire plus ample connaissance. C'est à ce moment-là que l'ambiance se crée. Une fois le repas terminé, nous mettons de la musique. Certains peuvent danser, d'autres préfèrent rester assis pour discuter ou encore se rendre au spa situé près de la salle à manger. Durant toute la soirée, on sert des boissons non alcoolisées et des fruits frais à volonté. Les gens sont libres de faire ce quils veulent avec qui ils veulent...
Votre établissement est-il ouvert à tous?
Non. Pour assister à nos soirées, il faut obligatoirement être membre du Club. Pour le devenir, les personnes intéressées nous téléphonent et nous les recevons en entrevue pendant 45 minutes ou plus. Cela nous permet de discuter avec eux afin de connaître leur conception de l'échangisme et nous assurer qu'elle correspond bien à celle des autres membres. L'échangisme comporte plusieurs règles qu'il est important de respecter et avec lesquelles il faut évidemment être en accord pour que les rencontres se déroulent sans problèmes. Nous nous sentons libres de refuser les gens qui n'adhèrent pas entièrement à ce mode de vie, comme ceux qui viennent ici pour de mauvaises raisons.
Quel est le profil de vos membres?
Ils viennent de toutes les couches de la société; nous n'exerçons aucune discrimination quant à la profession, à l'âge ou à l'origine ethnique. Il y a des médecins, des secrétaires, des ouvriers, des architectes... L'âge de nos membres varie entre 25 et 50 ans, la tranche des 35-45 ans étant davantage représentée. Paradoxalement, c'est un milieu à la fois très fermé et très ouvert. Ici, les gens ne se connaissent que par leur prénom; ils n'ont aucune idée de la profession des uns et des autres et, d'ailleurs, ils ne s'en soucient guère. Cela a pour effet d'engendrer entre les individus des relations plus vraies et plus honnêtes. Les rencontres débordent d'ailleurs souvent le cadre des soirées organisées. Les gens se font des amis et se revoient en dehors du Club sans pour autant que cela aboutisse à une relation sexuelle. L'échangisme n'est pas seulement une question de sexe!
Aujourd'hui, craignez-vous de voir débarquer l'escouade de la moralité dans votre club?
En fait, je ne suis pas vraiment inquiet. Si cela devait arriver, je ferais face à la musique! Mais je garde l'esprit relativement tranquille, car je sais que ce que nous faisons n'est pas répréhensible. Il n'y a ni drogues ni prostitution dans nos réunions. Les gens qui viennent ici sont des adultes consentants: ils ont un emploi et des passions comme tout le monde, mais aussi un désir sexuel différent de celui de la majorité. Cela en fait-il des criminels pour autant ?